2007/11/13

14 Septembre : Tohoku - jour 5

Je passe une super nuit dans ma capsule, pas un bruit, matelas très confortable, chaleur idéale … manquait plus que Camille dedans et c’était parfait !
Je ne vous ai pas beaucoup parlé de Sendai, et je n’y suis malheureusement pas restée assez longtemps pour l’apprécier. Mais on sent qu’il y a du potentiel : c’est la plus grand ville au nord de Tokyo, avec un métro équivalent à celui de Kyoto, un système de bus efficace et bien organisé (et compréhensible pour les étrangers !), des grands buildings comme à Osaka (plus que Kyoto je trouve, et surtout je sais pas c’est mieux fait, et moins laid) …
A noter très important, la double-rue qui s’étend au fur et à mesure. Je m’explique : à côté de la gare principale, il y a le centre économique et administratif, et donc beaucoup de gens, de circulation, etc. Au rez-de-chaussée, directement au sortir de la gare, un grand parking à taxis et à bus de voyage (pas les bus de la ville). Difficile de se déplacer à pied dans ce dédale, j’ai failli me faire écraser plusieurs fois et surtout tout le monde me klaxonnait. De l’autre côté de ce parking, le terminus des bus de la ville et des environs, comme je l’ai dit avant fort nombreux ; mais tout aussi impossible à traverser…pour atteindre encore plus loin les trottoirs et les grands buildings. Comment faire ? Construire des passerelles en hauteur pour les piétons ; comme à Tokyo ou Osaka certes, mais là c’est toute une zone qui est traversée par ces chaussées, pas seulement pour traverser une rue. On a donc deux étages de circulation, et ça fonctionne très bien (sauf quand on n’a pas pigé au début et qu’on essaie de traverser au RDC comme moi … après j’ai compris).

Je quitte mon hôtel capsule pour me rendre à la gare justement, où j’observe avec intérêt ces passerelles, et d’où je prends un train vers le nord, pour retourner à la baie de Matsushima. Oui, parce que les ferries ne circulent qu’un jour sur deux entre Sendai et Nagoya, et le prochain tombe le jour d’après, j’ai donc une journée de libre à Sendai, et comme le Lonely vante Okumatsushima, le nord de la baie, pour sa plage immense et la colline d’où l’on a un panorama magnifique, autant ne pas rater ça. Petite photo : dans le train de Sendai, pour dire qu'en cas de chûte sur les rails il faut appuyer sur le bouton rouge, voilà le petit dessin ... c'est mimi non?? :)
Hop hop en route dans le train, je m’assure de pouvoir louer un vélo sur place, et en effet j’en « loue » un, ou plutôt l’épicerie de la gare (microscopique) m'en prête un gracieusement. Du coup je leur achète un peu à manger pour ce midi.
C’est parti, carte du coin en main, pour une balade d’une journée dans le coin. Direction la presqu’île en sortant de la gare : personne, à part des pins et de la terre sableuse.
J’arrive à une grande route, très peu fréquentée, qui longe la mer … derrière un mur en béton de 2m de haut !! il paraît que l’hiver le climat est rude… A un moment donné de l'histoire récente du Japon (j'allais dire après la guerre mais je ne suis plus très sûre), le gouvernement a voulu faire de Okumatsushima le plus gros port du Japon (rien que ça), et ont entamé des travaux énormes. Mais l’hiver au Tohoku n’est pas facile, et après des années de travaux, et beaucoup d’argent dépensé, il a fallu se rendre à l’évidence : les flots déchainés l’hiver, avec les typhons et les tremblement de terre, ne font pas d’Okumatsushima l’endroit le plus paisible pour construire un port !!

Enfin cette route mène quand même à la presqu’île, où tout est plus calme et pittoresque bien sûr, petite collines tombant dans les criques locales, village de pêcheurs (mais qu’est-ce que peut bien fabriquer une gaijin sur un vélo, toute seule, dans ce trou paumé – et oui le village de pêcheur n’est ni marqué sur le Lonely, ni sur les guides japonais), enfin ravissant quoi.

Je gare mon vélo en bas de la colline principale d’où là vue est réputée magnifique et tout et tout. La montée en tous cas est sympathique : petit chemin sous les arbres, personne bien sûr, quelques moustiques qui se ruent sur moi mais c’est la vie. Et même un "raccourci" junglesque!

En haut on a en effet un beau panorama, mais je suis un peu déçue : le temps étant un peu nuageux (enfin plutôt très ensoleillé mais avec ce voile blanc très désagréable pour prendre des photos et voir loin), on ne peut pas voir le Zao …snif ! Je rêvasse en regardant le paysage quand soudain j’entends « he, please ! ». Je me retourne : il y a un couple de japonais, silencieux avec leur toutou, et un autre groupe de japonais, moins silencieux, et une des femmes du groupe m’appelle ! oh la, qu’est-ce que j’ai encore fait …

La femme est en train de couper des poires japonaises (très grosses, gorgées d’eau, mais pas du tout du tout goutues et pas fondantes du tout dans la bouche) pour en distribuer à son groupe, et veut m’y inclure ! Je refuse au début et puis pas trop quand même, et me voilà assise avec un groupe de japonais que je ne connais ni d’eve ni d’adam (ni de bouddah d’ailleurs) en train de manger une poire en haut de la colline d’Okumatsushima.
Je sors mes petits pains aux raisins achetés le matin, mais ils n’ont pas de succès…

On commence à parler, en fait c’est deux professeurs de japonais (les deux vieux monsieurs) qui emmènent leurs élèves coréennes (les trois femmes) en balade visiter Okumatsushima. Ils habitent tous un peu dans les terres, et c’est une grande sortie pour eux. Le jeune-homme est le fils d'une des trois coréennes.

Ils m’ont vue toute seule et ont trouvé ça très très triste…et oui j’ai oublié de vous raconter hier au Zao : les japonais ne conçoivent pas l’idée de pouvoir passer du bon temps seul. C’est pas possible. Et voyager seul est tout simplement hallucinant, « qu’est-ce que tu dois t’ennuyer !! ». Combien de japonais se sont arrêtée hier pour me demander si j’allais bien, si je n’avais pas un problème vue que j’étais seule, si je voulais me joindre à leur groupe de 30 personnes … et là, pareil. Me voyant toute seule ils ont cru que j’étais triste et déprimée et malheureuse (ils me l’ont dit !!) et donc m’ont invitée à manger une poire avec eux !!
On discute de la France, du Japon, de la Corée, puis l’heure tournant je me dis que j’aimerais bien continuer (toute seule !) mon exploration, mais il n’en est pas question : mes nouveaux compagnons ne veulent pas me laisser partir toute seule ! Du coup, ils m’invitent à leur pique-nique : les coréennes ont préparé plein de plats coréens et l’idée c’est d’aller les manger sur la plage ; et y a pas moyen que j’y échappe. Moi, je suis ravie.



Nous descendons donc de la colline pour récupérer leur voiture, un minivan de luxe, où sont entreposées les victuailles, puis en voiture pour la « plage » que l’un des professeurs de japonais connaît. Après un peu de marche à travers les arbres encore, nous débarquons … sur un bout de sable avec plein de déchets. Ah les japonais et le littoral !!


Ils ont un pays superbe, avec des paysages superbes, et ils n'ent prennent pas du tout soin! Enfin parfois si, mais pas souvent, et presque jamais les bords de mer...pour une bretonne, ça fait mal!!

On improvise une table (c’est vachement pratique de pique-niquer dans une décharge, y a tout à disposition !) et des bancs, puis déballage des mets : on va se péter le bide ! Mes petits pains n'auront toujours aucun succès...

Je ne me souviens plus des noms des plats, mais tout était délicieux. Et puis c’était épicé (enfin pas trop, Thérèse ne t’inquiète pas j’attends toujours avec impatience de remanger un bon cari bien pimenté !), ça fait du bien, parce que la nourriture japonaise est quand même très fade globalement (à part les algues saumurées, mais ça c’est pas mangeable c’est différent).
J’ai parfois du mal à suivre les conversations, surtout que les coréennes passent souvent au coréen, dont les sonorités sont proches du japonais mais les mots complètement différents, du coup je crois être toujours en train de suivre une conversation en japonais et tout d’un coup je comprends plus rien… mais c’est très sympa, les professeurs de japonais sont bénévoles à la retraite, parlent un peu anglais, l’un est allé à Paris, et ils sont très ouverts, malgré leur âge avancé.
Ils me posent des question sur la culture française (et pas seulement sur le fromage), me demandent mon avis sur le Japon, les Coréennes disent que c’est dur pour les étrangers, j’approuve, les professeurs aussi, on dit que les panneaux que en kanji dans la gare de Sendai c’est pas malin, les profs me disent qu’ils trouvent que le gouvernement japonais ne fait pas d’effort, mais que le Japon est un beau pays, etc. etc. Bref ça papote bien !!

Puis deux coréennes vont décrocher des huitres des rochers pendants que je mitraille tout le monde, j’ai pas vraiment envie de gouter aux huitres vu l’environnement mais bon ça ne se refuse pas, alors une petite. J’ai pas été malade, ouf.




L’heure du retour approche, nous remontons dans la voiture, et ils me redéposent à côté de mon vélo (le x vert sur la carte), et s’en vont … avant de partir, l’un des professeurs me remercie, et me dit que c’était un bel exemple de communication interculturelle … très touchant. Je fais de même, et les regarde s’éloigner en enfourchant mon vélo.
Je quitte la presqu’île direction la grande plage que je n’ai pas vue à l’aller ; c’est pas un mur en béton qui va m’empêcher de voir la mer quand même ! En effet, en continuant de l’autre côté, il y a un chemin de sable qui permet d’accéder à la « plage ». Le vélo de ville dans du sable sec c’est pas idéal, je le laisse donc et continue à pied.


Le bord de mer est constitué d’une immense plage de sable et d’oya (c’est comme ça que ça s’appelle Maman ?), parsemés d’ordures pour changer. Et voir ça à perte de vue … ça fait un peu peur. Pas loin des pelleteuses travaillent à la construction de je ne sais quel bâtiment, avec des barbelés partout, et des employés qui vérifient que personne n’approche (mais de toutes façons, qui viendrait ici ??). Les rochers locaux sont très étonnants, on dirait du ciment de Gaudi, on croit voir les marques des vagues qui ont creusé la roche. J'ai vérifié parce que j'avais des doutes, c'est bien du caillou, pas du béton! Je sieste un peu, puis retour à l’épicerie pour rendre le vélo, et retour à Sendai en train.

L’office de tourisme me refait une réservation pour l’hôtel capsule que j’ai vraiment beaucoup aimé, et comme il n’est pas trop tard et que je tiens encore debout (le mal au bras est encore là et les courbatures d’hier aussi, mais ça va peu quand même), je vais à la médiathèque profiter des 30 minutes d’internet gratuites.
Puis direction l’hôtel capsule … où l’employé de l’accueil, en baragouinant 3 mots d’anglais, s’excuse et me dit que ce soir c’est impossible, je peux pas dormir là. ??? « Security problem » me répète-t-il plusieurs fois, moi je lui demande c’est quoi le problème de sécurité, et il finit par me le dire : ce soir, il y a des hommes, et il n’a pas le droit de me faire dormir dans une pièce où il y a des hommes dans les capsules voisines. Ah. Bon. En y repensant, vu la mentalité sexuelle des japonais, j’aurais dû m’en aller en le remerciant de m’avoir prévenue, mais là il est 21h, j’ai mes sacs sur le dos, mal partout, aucune idée d’où dormir, alors j’essaie d’insister, de demander les adresses d’autres capsules (mais non c’est le SEUL capsule de tout Sendai, merci le Lonely qui disait qu’il y en avait à foison), et tous les autres hôtels sont hors de prix. Arg, là, j’ai du mal !!
Je me refourre dans le lonely pour dégoter une adresse d’auberge de jeunesse, à l’autre bout de la ville, et qui a de la place (celle du premier jour était vraiment loin et à cette heure-ci les métros sont rares), seulement il faut prendre deux bus …
Pas le choix, je me traîne à travers Sendai qui m’apparaît beaucoup moins accueillante tout d’un coup, avec la fatigue le bras me lance je sais pas ce que c’est que ce truc, et les courbatures, et mal aux pieds dans mes sandales en mousse pas faites pour la marche ne montagne… J’arrive en trébuchant à l’auberge, où la dame comprend que je suis pas au top, et elle m’aide à m’installer dans ma chambre (et oui, il n’y a qu’un autre jeune, mais un mec, donc pas dans la même chambre, j’ai une chambre pour moi toute seule), me donne plein de papiers pour les explications à lire quand je veux, bref je peux me poser…
Douche et bain chaud, et je m’endors illico (enfin, vers minuit quoi !).

2007/11/11

13 Septembre : Tohoku - jour 4


Petite dédicace spéciale de ce post à mes tontons qui ont vainement essayé de me faire marcher en montagne, et à Camille qui a réussi à me donner l’envie de grimper en haut d'un volcan toute seule…

Tout commence donc le matin : lever à 6h du matin, direction le rotemburo de Zao onsen pour un bain matinal. Je sens qu’un certain jargon empêche une parfaite compréension… Un rotemburo, c’est un onsen en plein air, dans la nature (mais quand même organisé, donc avec des trucs pour pas que les passants nous voient toutes nues), et un onsen c’est un bain chaud naturel dont l’eau provient directement des montagnes environnantes (parfois il faut refroidir l’eau parce qu’elle est trop chaude en sortant de la montagne). Nous nous plongeons donc dans cette eau … or les sources locales sont pleines de souffre, c’est la particularité du coin. Et oui, le souffre, ça pue. Et dans toute la ville, ça sent l’œuf pourri. C’était un peu dur en arrivant, pas évident non plus quand on mangeait notre bol de riz hier soir, mais alors se baigner dans un truc qui pue c’était carrément chaud (c’est le cas de le dire). Mais combien de fois vais-je avoir l’occasion de me baigner dans une eau à 40 degrés en pleine montagne avec le soleil levant, Yuki avec moi, et presque personne à par les cailloux et les arbres qui nous entourent ?? On profite donc pendant une bonne heure du lieu.
Les photos étaient interdites, mais à un moment donné, pendant 2-3 minutes, il n’y avait aucune autre baigneuse, et pendant que Yuki faisait la mata (ie vérifiait que personne ne venait pour les non-azoulay), j’ai réussi à prendre quelques photos … mais Yuki ne veut pas que je mette celle où elle est toute nue dans l’eau ! quel dommage ! :D

Puis nous prenons le bus qui nous ramènera à Yamagata, d’où Yuki repartira vers Sendai en train, pour attraper ensuite un shinkansen vers Osaka ; moi il faut que je récupère mon sac à dos qui est dans le même casier que Yuki, fasse un petit changement de contenu, recharge mon appareil photo quelque part (c’est Yuki qui trouve, merci la miss !), et me réserve une place pour mon retour en ferry…et oui comme le shinkansen c’est cher, et que le train tortillard c’est compliqué pour traverser le pays de Zao à Kyoto, je vais rentrer en ferry ! Il y a une ligne entre Sendai et Nagoya, puis de Nagoya à Kyoto en bus c’est pas long et pas cher. Donc réservation de mon ferry, avec couchettes et tout, et cette fois-ci la dame de l’office de tourisme ne peut pas me faire la réservation (il y a des gens dans l’office). Heureusement Yuki arrive à la fin pour me confirmer que j’ai pas dit n’importe quoi au téléphone au guichetier !

Bref, en une demi-heure c’est bouclé, je remonte dans le bus qui me ramènera à Zao Onsen, et Yuki part. La suite se fera sans Yuki … Donc je monte dan mon bus, on repasse par Zao onsen mais cette fois-ci le bus continue jusqu’au pied du Zao justement, le bus qu’on avait loupé hier matin. Je dis au pied du Zao, c’est faux : il nous monte beaucoup le bus, et ensuite un petit télésiège une place qui ne marche que l’été me monte encore un peu plus. C’est très agréable ce petit engin, les sièges sont vraiment minimaux et du coup on a vraiment l’impression de voler … enfin pas d’être dans une grosse machine quoi. Au fur et à mesure, la vue sur toute la vallée et sur les montagnes environnantes se déploie, c’est superbe. Le sourire se cloue sur mes joues, c’est tellement beau que je souris … bizarre comme sensation, ça doit s’appeler l’euphorie surement.

C’est donc avec le mal aux joues que j’arrive en haut : j’aperçois un peu du cratère, mais il faudra marcher pour mieux le voir. C’est surtout les roches qui m’impressionnent : on dirait vraiment que c’est de la pâte feuilletée, torturée par des mains de géant, qui y a intégré des couches de pâte à la cerise sûrement, et pas mal d’autres fruits pour qu’il y ait autant de couleurs. Je pense à Agathe qui doit être en train de commencer son master de géologie à Grenoble…

Je monte à droite (aucune idée de l’orientation) jusqu’au petit santuaire, et accessoirement le deuxième sommet du coin, le Kattadake, à 1758m. La vue … bon, ben des montagnes partout, et sinon le ciel, et des monticules de pierres (ils ont une signification religieuse mais je ne sais pas quoi…). C’est sec, aride, nu, rêche, « vide », pur … beau quoi.

Puis redescente vers le cratère, ou Okama en japonais (mais le sens le plus utilisé de « okama » au Japon est celui d’homosexuel, donc après quand j’ai raconté que j’étais allée voir un okama … forcément au début ils m’ont regardé bizarrement, puis ça les a fait beaucoup rire ; beaucoup de gens ne connaissent que le sens d’homosexuel, pas de cratère, c’est comme si en français quand on dit « pédale » les gens ne savaient pas que c’était le truc qui permet de faire avancer un vélo !!). Bref, je redescend un peu, et voici là photo qui doit être familière à certains…

Ayé, je vois enfin le fameux cratère et son lac. Et en effet, c’est pas dégueu !! La couleur de l’eau change selon la météo : en effet, quand le volcan est apparu, ça a remué un tas de minerais qui étaient sous terre, ça a volé de partout, des tourbillons de poussière tout ça vous imaginez le carnage, et des morceaux de roche contenant des métaux variés se sont déposées au fond du cratère. Puis l’eau est venue s’installer. Or les métaux ont des reflets différents, et selon la luminosité, l’orientation du soleil, s’il a plu beaucoup avant ou pas, les reflets du lac changent en fonction des métaux qui reflètent le plus tel éclairage. Là, il était particulièrement vert, en tous cas très très très beau. Je l’ai pas mal mitraillé, mais c’était difficile de l’avoir en entier. Un petit montage aussi.


Après un bon moment d’extase, j’arrive à m’arracher au spectacle : 5h de marche m’attendent (selon l’office de tourisme), qu’il faudra que je boucle en beaucoup moins si je veux attraper le bus qui me redescendra à Yamagata pour prendre le train vers Sendai.

J’entame donc une vraie course contre la montre, en courant dans ce désert, sisi je vous jure, parfois le ravissement ça donne des ailes. Comme je veux profiter du spectacle quand même, je cours, petite pause photo et éblouissement, puis re-course, et ainsi de suite. Le chemin est un vrai chemin de pèlerinage, il n’y a rien à part quelques bâtons pour indiquer la route à suivre. Ca me fait vraiment penser au film dont je ne me rappelle plus le non, et qui se passe dans un petit village du Maghreb avec un mec qui veut monter, et il y a du vent, du vent, et du sec… pareil aussi dans le roman de Camus dont je ne rappelle plus non plus le nom, où le héros « disparaît » dans le vent et la montagne aride… enfin chuis contente quoi.

Après une petite montée, un chemin de crète, puis again une montée. Photo d’un père (agé, je dirais 70 ans japonais), qui emmène sa fille handicapée en ballade sur le cratère. C’était très émouvant de les voir se démener contre la montée, l’un à cause e l’âge, l’autre à cause de son handicap. Ils marchaient vite je trouve. Je m’arrête en haut du Kumanodake, à 1840,5 m, sommet local, pour déjeuner. Il y a un petit autel, que deux ouvriers remettent en état, et qui profitent de la pause pour se reposer … une petite sieste à 2000m d’altitude, sympa.
Quand j’ai fini de manger, le père et la fille arrivent, et comme on se sourit de se reconnaître, ils me demandent si je peux les prendre en photo devant le paysage. Je ne sais pas pourquoi il m’a demandé à moi, il ne parlait pas un mot d’anglais, il y avait plein de japonais autour, peut-être justement parce qu’il n’avait pas envie de parler ou de subir le regard parfois très « jugeateur » (c’est quoi le bon mot en français ??) de ses compatriotes. En tous cas je m’exécute avec plaisir. J’espère que la photo leur aura plu (c’était pas un numérique j’ai pas pu voir le résultat…).

Une photo avec le retardateur, il n’y avait que quelques cailloux pas bien hauts pour poser l’appareil, d’où la pause étrange !!
Puis redescente en suivant les signes par terre, pas assez de terre pour planter des bâtons par ici. La course continue, cette fois-ci en accélérant encore, l’heure tourne ! Une fois le Kumanodake passé (lieu du déjeuner), plus personne : les visiteurs montent en bus + télésiege, vont voir l’okama et l’autel du Kumano, et s’en retournent à la maison…quel dommage. Enfin pour moi c’était tout bénef, encore mieux pour apprécier l’espace. Le soleil chauffe, et j’ai pas pris beaucoup d’eau…

Petite vue sur LE paysage typique du Japon : des montagnes, totalement archi-vides, et entre elles des plaines en hyper-occupation du sol, densité énorme, paysage assez laid, villes très étendues mais très peu hautes (rez-de-chaussée et 1 étage dans une immense majorité), reliées entre elles presque sans interruption par des banlieues qui ne diffèrent des centre-ville que par la délimitation administrative du territoire. Du très laid et du très beau si proche, c’est un contraste toujours aussi étonnant pour moi.
J’entame la descente vers Zao onsen, en courant à toute vitesse en dévalant les pentes, je vais jamais arriver à choper le bus !! Grâce à ma super boussole, je trouve un raccourci qui me fait gagner quelques précieuses minutes. Mais peu à peu je commence à avoir très mal au bras droit : qu’est-ce que c’est que ce truc ?? je ne porte rien du bras droit, je suis gauchère, j’ai mon sac sur les épaules, je comprends pas du tout mais ça me lance, ça fait mal ! M’en fous je cours, et j’arrive en haut des même œufs qu’hier … et le même guichetier me voit débouler à toute vitesse, dans le même état, mais avec un bras qui pend en plus, me donne un billet pour descendre sans que j’aie besoin de parler, et m’emmène en courant lui aussi vers une cabine – je crois qu’il a compris qu’en général, j’étais plutôt en speed …

Ouf, ça fait du bien. 6 minutes de repos, je mets mon fichu bras en écharpe dans mon paréo, mais qu’est-ce que c’est que cette histoire. Arrivée en bas, il faut encore courir pour arriver jusqu’à la gare de bus, et là, miracle, une voiture arrive derrière moi, je lui court après et monte dedans presque sans leur demander leur avis en expliquant en haletant que j’ai un bus à prendre à la gare routière. Les deux nanas, en tailleur noir, me regardent d’un air ahuri (imaginez, une gaijin, qui peut à peine parler, mais qui parle en japonais quand même, avec un bras en écharpe, qui monte dans votre voiture sans autre forme de procès, ça fait bizarre !!). Heureusement, j’ai affaire à des japonaises pas trop coincées, qui sans me poser de questions appuient sur le champignon (enfin, que la conductrice) et m’amène à la gare routière. Je les remercie vivement et fonce dans le bus qui part 1 minute après.

J’en reviens pas d’être arrivée à temps !! J'ai donc fait le trajet en 3h40 au lieu de 5h... Le trajet en bus me permet de récupérer un peu, toujours le sourire coincé aux lèvres.

Arrivée à Sendai, l’office de tourisme me trouve un hotel capsule tout près de la médiathèque, je m’y réfugie. Je suis la seule cliente de l’hôtel, je découvre donc cet univers si particulier très à l’aise. Chaque client a une capsule, 2m de long sur 1m de large, juste de quoi s’allonger, avec télé et radio (mais j’ai pas testé, désolée Baston!). Des douches communes comme au onsen, mais là j’étais toute seule, quel plaisir, une bonne douche après la course… Recharge d’appareil photo, biafine (et oui ça tape en montagne), massage peu convaincant de mon bras à la noix, et … dodo !!!

Ah, après coup je rajoute une petite carte pour repérage...
Bain souffré à Zaon Onsen, bus (trais bleus pointillés vers le nord) pour revenir à Yamagata, re-bus (les mêmes pointillés dans l'autre sens) pour repasser par Zao onsen en continuant vers le sud sur la route 53, puis virage à l'est et arrêt du bus. En pointillé jaune c'est mon trajet en télésiège puis à pied, passage au cratère, marche, puis descente en télécabine (le trait noir le plus au nord). Enfin re-re-bus vers Yamagata (les éternels pointillés bleus; je connais la route!).

2007/11/09

12 Septembre : Tohoku - jour 3

Lever à 6h30 du matin (oui je sais "c'est pas des vacances!"...), pour attraper le métro de Sendai qui nous amènera à la gare, d'où nous prendrons un train pour Yamagata (là où on devait atterrir en shinkansen), puis un bus qui nous amènera au volcan.

Malheureusement en arrivant à Sendai, le problème des trains du Tohoku se renouvèle : pas de train avant 8h et quelques, ce qui fait une arrivée à 9h30 alors que le bus pour monter au volcan part de Yamagata à 9h20 ... Bon, c'est mal barré, mais on pourra prendre le bus qui part à 14h pour le volcan, on aura peu de temps là-haut mais tant pis. On enrage un peu sur place mais on ne peut absolument rien faire, donc on attend le train en prenant un petit déjeuner. Le trajet en train est bien sûr très beau, malgré la pluie qui tombe doucement. J'ai mis ma boussole autour du cou, attention ça rigole plus ...
Arrivées à la gare de Yamagata, nous nous dirigeons vers l'office de tourisme pour avoir des infos plus précises sur le volcan et son cratère rempli d'un lac aux couleurs changeantes...et là, on apprend le drame : depuis l'année dernière, le bus de l'après-midi n'existe plus - pas assez de touristes. Aaaahhh!! Là, on est mal.
Finalement, grâce à la technique Yuki-espionne et Moi-grand-sourire-baragouinant, l'office du tourisme nous dégote un moyen de monter : il existe un train qui amène à la gare de Kaminoyama un peu au sud de Yamagata, et de là une navette gratuite monte jusqu'au cratère. C'est serré niveau timing mais encore une fois on n'a pas le choix (ah, le choix au Japon, si ça n'a pas été déjà fait il faudrait faire une thèse là-dessus!).
On attend donc notre fameux train, on monte dedans alors que le ciel s'éclaircit, et on en descend (jusque là pas de soucis) sous un sleil radieux. Youpi! qu'on croyait ...
On attend la navette à l'arrêt de bus, elle arrive : c'est un mini van genre Bongo mais avec un peu plus de sièges, et le conducteur ravitaille en fait un resto à côté du volcan - et en profite pour monter les touristes. Mais le conducteur refuse formellement de nous monter.
?? Pourquoi donc?? Là, vu l'accent et la prononciation du monsieur, Yuki reprend la parole parce que je ne comprends absolument rien du tout! Bref, la météo en haut est très mauvaise, du vent "comme un typhon" et de la pluie et du brouillard, donc il a reçu l'ordre de ne monter personne. Nous on comprend pas vraiment, le ciel est bleu sans un nuage, pas de vent ... je sais bien qu'en montagne c'est différent mais quand même.
Bref à force de regarder la carte des environs, on arrive à la conclusion que le seul moyen de ne pas revenir dormir à Yamagata sans avoir rien fait (Yuki doit repartir le lendemain, et Yamagata est une ville industrielle pas top du tout), c'est de marcher de Kamiyama jusqu'à Zao Onsen, le village au pied du volcan. Le conducteur nous regarde avec des yeux effarés, à pied ça prend 5h nous dit-il. Bah oui mais c'est mieux que rester à glander dans un train! Il nous propose alors de nous monter jusqu'à un embranchement, ça nous fera économiser un peu de route. Il nous dit que si on fait du stop les gens s'arrêteront c'est sûr pour nous monter, et il nous laisse partir en nous souhaitant bonne chance - "tarés, ces gaijin" doit-il penser, Yuki n'étant bien sûr pas considérée comme une japonaise.

Et nous voilà sur la route... le temps est vraiment superbe, pas un nuage à l'horizon, on espère vraiment qu'il fait très mauvais temps à-haut sinon on en en voudra à vie au chauffeur (ou plutôt à ceux qui lui ont interdit de nous monter).
On croise très peu de voitures (c'est une route de montagne, qui ne fait que la liaison entre l'embranchement d'une route et un village paumé), mais tous les conducteurs - et passagers - se retournent pour nous regarder. C'est vrai que ça doit faire bizarre de voir deux minettes, étrangères, avec leurs sacs à dos, marchant sur la route qui monte et qui serpente...
Nous on est heu-reu-ses, ça fait un bien fou de marcher comme ça dans la nature, même si on commence à sacrément transpirer (on ne se ménage pas, on a pas 5 heures devant nous, au maximum 4h). Deux femmes s'arrêtent même pour nous demander si on veut qu'elles nous montent, c'est cool le stop au Japon y a même pas besoin de lever le pouce ... :) On refuse poliment, l'exercice nous enchante. Petites photos lors de notre traversée du "snow shelter", un tunnel contre les chutes de neige, de type aspirateur d'ovni à l'intérieur (en vrai il était très clair).
En chemin on passe devant une petite source d'où jaillit de l'eau claire ... et où des gens arrivent avec leurs diznes de jerricans pour les remplir. Mais qu'est-ce que c'est que ce truc?? On goûte l'eau, et Yuki me dit qu'elle est très bonne, les dames lui expliquent qu'elle a des super propriétés, et du coup tout le monde vient faire des provisions. J'avoue ne pas avoir vraiment vu de différence avec l'eau de Mukaijima mais bon.C'était drôle et sympathique de papoter avec ces dames (qui nous ont aussi offert de nous ramener mais non vraiment on aime bien marcher).

On arrive à Zao onsen après 3h30 de marche, alors que quelques montagnes commencent déjà à cacher le soleil.Vite!! En effet certains télécabines (Zao onsen est une station de ski en hiver) fonctionnent et nous permettraient de monter voir la vue et le soleil couchant. L'office de tourisme nous avait dit que 3 télécabines étaient fermés, on se dirige vers les autres ... le premier est tout bonnement fermé (avec l'horloge HS), le second en travaux de maintenance alors qu'il ne devait pas l'être, et on en voit au loin un troisième. Mais ce troisième est en haut de la station et doit fermer à 17h comme les précédents, on se met donc à courir comme des malades (après autant de marche, avec les sacs à dos, pas évident), on arrive haletantes et trempées de sueur au télécabine : ouvert! On achète nos billets (le guichetier ne comprend pas ce qui lui arrive, mais nous donne les tickets sans qu'on ait besoin de prononcer quoi que ce soit, de toutes façons on pouvait pas), et on se rue dans un oeuf.
Les oeufs sont des vieux oeufs, tous colorés, comme quand j'étais petite à La Plagne...
Petite anecdote : en bas de la station, donnant à pic sur la route, on tombe sur ce bâtiment ... ça rapelle rien aux skieurs français?? ;)




On souffle un peu en admirant le paysage au fur et à mesure que nous montons. Une sculpture de skieur nous fait bien rire, perdu qu'il est au milieu de la verdure.


Arrivées là-haut ... on est contentes d'avoir couru. Que de grandeur! La vue est magnifique, des montagnes à perte de vue, le soleil qui approche de l'horizontale - j'adore cette lumière à l'horizontale - , une arrivée de télésiège fermée pour l'été mais très mignonne, et ... les montagnes qui grimpent vers le cratère du volcan qu'on ne peut toujours pas voir. Ca donne envie d'y aller... au fait, même en haut, le ciel est bleu et sans nuages.


On redescend en oeuf (encore en courant, on a failli rater le dernier!), on trouve notre minshuku (réservé par l'office du tourisme, qui m'a bien précisé que normalement elle n'avait pas le droit mais que là il n'y avait personne et que je parlais pas bien japonais - et ma "copine française" n'en parlons pas hihi hoho - alors bon elle allait le faire), un peu déglingue mais pas trop cher alors bon. Nous sommes les seules clientes, on commence à être habituées, dans une petite chambre pas du tout bien isolée.
Avant de manger, on court (encore et encore) pour choper le lac au coucher du soleil : il y a dans les parages un très joli lac, où le coucher de soleil doit être superbe. On galère un peu pour trouver le lac en question, mais une fois là, en effetça valait le détour : eau immobile, bordée de sapins, ciel qui rougeoit ... c'est beau ...

On mange dans un bouiboui voisin puis on revient se peler les miches dans notre chambre. On attrape tous les futons et couvertures disponibles et on se fait un vrai nid. On s'endort comme des petits oiseaux grelottants ... heureusement qu'on n'est qu'au mois de septembre!!